Françafrique, l’envers de la dette – François-Xavier Verschave

Une conférence de François-Xavier Verschave faite à la Faculté St Charles de Marseille, le 28 mars 2002 sur l’invitation de l’association SPID sur les relations françafricaines, intitulée «   L’envers de la dette   » .
François-Xavier Verschave, auteur de nombreux ouvrages, dont   : «   L’envers de la dette   » , aux éditions Agone, ou «   La Françafrique, le plus long scandale de la République   » .
François-Xavier Verschave est décédé en 2005 à l’âge de 60 ans.
PAIX A SON ÂME   !

Créateur du concept de la Françafrique

« Le plus long scandale de la République »

L’ancien président de la Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny inventa l’expression France-Afrique en 1955 pour définir les bonnes relations qu’il voulait établir avec la France dans le cadre d’une indépendance évoquée. L’expression dérivée « Françafrique » a ensuite été forgée par François-Xavier Verschave dans son livre La Françafrique, qu’il qualifie de « plus long scandale de la République ».

L’auteur décrit la Françafrique comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie. » Il fait alors remonter les origines de cette nébuleuse à 1960 lorsque De Gaulle accorde l’indépendance aux colonies d’Afrique noire et crée les « réseaux Foccart ». Dans un autre livre, il dénonce la mainmise de la franc-maçonnerie sur la Françafrique en particulier, l’action de la Grande Loge nationale française.

Dans son livre Complicité de génocide ?, il avance que la France est complice du génocide des Tutsi et que celui-ci est l’aboutissement de cette dérive de la Françafrique.

Les procès

Procès de trois chefs d’État africains
Ce procès lié au livre Noir silence et relaté dans Noir procès, fut intenté par trois chefs d’États africains « amis de la France », Omar Bongo, Idriss Déby, Denis Sassou-Nguesso, pour offense à chef d’État étranger contre François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria, directeur de la maison d’édition qui publiait l’ouvrage.

Défendus par l’avocat Jacques Vergès, les trois chefs d’État durent s’incliner devant la justice française en première instance et furent déboutés en appel sur le fond et sur la forme. En effet, la cour a disposé que pour se conformer à la Convention européenne des droits de l’homme, le délit d’offense à chef d’État étranger doit être constitué d’une intention délictueuse, qui n’a pas été démontrée. Néanmoins, la cour est restée prudente sur la véracité des faits rapportées par la défense, et notera dans ses attendus :

« Il apparaît que les documents versés et les témoignages recueillis au cours de la procédure, qui n’ont pas vocation à établir la preuve complète et parfaite des allégations contenues dans l’ouvrage, et qui doivent être accueillis avec la prudence qui convient aux analyses de personnes dont certaines sont ouvertement hostiles aux chefs d’État mis en cause, établissent non seulement l’importance et l’actualité des sujets évoqués mais aussi le sérieux des investigations effectuées. »

Les chefs d’États déboutés ne portèrent pas l’affaire en cassation.

Procès de Charles Pasqua
Lors du procès Pasqua, Edmond Alphandéry, un ancien ministre de l’économie a témoigné en sa faveur tandis que Michel Roussin, ancien ministre de la coopération a assuré que M. Pasqua « n’était en aucune manière partie prenante à la politique étrangère de la France ».

Au terme du procès François-Xavier Verschave a été condamné à verser 1 franc de dommages et intérêts à Charles Pasqua.

« Le tribunal nous a donné raison sur toute la ligne, sauf un point : il m’a reproché un défaut de prudence dans l’expression, lorsque j’ai attribué au seul Charles Pasqua la responsabilité du soutien français au régime soudanais responsable de 2 millions de morts, alors que cette responsabilité était en fait celle de l’ensemble de l’exécutif français. »

Le fait que toutes les autres personnes incriminées dans l’ouvrage se soient abstenues de contester en justice ce qui leur était reproché est pour François-Xavier Verschave la preuve de la validité de ses propos.

Critiques

François-Xavier Verschave écrivait ses livres notamment à partir de la presse. Il est assez peu allé en Afrique, ce qui, d’après le journaliste Jean-Pierre Tuquoi du Monde, ne l’intéressait pas. Le journal Le Monde du 2-3 juillet 2005, notera également qu’il « découpait les articles glanés à droite et à gauche, écoutait ceux qui rendaient visite à l’association et, sans trop s’embarrasser de vérification, faisait de cette matière première la pâte de ses ouvrages. Aussi Jean-Pierre Tuquoi, trois jours après son décès, ne le considère pas comme un enquêteur, mais comme « le militant d’une cause qu’il jugeait sacrée ».

François-Xavier Verschave reconnaît en effet dans le livre Noir Procès qu’il écrivait ses livres à partir de la presse, de la documentation et de témoignages d’Africains victimes des dictatures et généralement réfugiés en Europe. Son terrain d’investigation n’était pas d’abord l’Afrique, mais la classe dirigeante française. L’objet de son investigation étant la politique française en Afrique il considérait que son combat devait se dérouler en France. Ses détracteurs lui reprochaient de ne pas faire d’enquête de terrain en Afrique.

D’après Survie en Alsace, Verschave aurait « voyagé en Afrique à plusieurs reprises », au Cameroun, au Rwanda et au Sénégal. Il s’agissait de voyages de courte durée. Il a également été coopérant en Algérie dans les années 1960 pendant deux ans.

François-Xavier Verschave reconnaîtra son absence de connaissance du terrain en déclarant même : « Je n’ai pas besoin d’y aller (en Afrique noire) pour savoir ce qui s’y passe. Pas plus que Fernand Braudel n’a eu besoin de vivre dans la Méditerranée du XVIe siècle pour en reconstituer l’histoire ». Me Vergès, avocat des trois présidents africains qui l’ont attaqué en justice, parle de son manque d’expérience de terrain en ces termes : « Monsieur Verschave est un Tintin qui ne va pas au Congo de peur de rencontrer le lion ».

Après sa mort, les journalistes Pierre Péan et Charles Onana ont vivement dénoncé les méthodes F.-X. Verschave, accusé de malhonnêteté intellectuelle, de manipulation, d’erreurs factuelles, de complaisance pour le Front patriotique rwandais, et d’une certaine forme de néocolonialisme (« le grand sorcier blanc » apportant la bonne parole aux Noirs).

Malgré ces critiques de nombreux Africains ont vu en François-Xavier Verschave un juste et un éclaireur de situation.

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