Dada aux Carpathes
-3ème blasphème- (en cours)

II – Par Jupiter !

Les vampires existaient bien aux plus hauts échelons de l’échelle sociale. Ainsi s’expliquait ce fait : que la société des gens éclairés tolérât en son sein les pires scélérats (la lumière les aveuglait indubitablement). Notre anonyme pour sa part s’étonnait que, la chose sociale étant l’égrégore des riches, personne n’en eût remis le fondement. Au contraire, on dépensait sans compter pour garder la paix grâce aux bons soins de la police. Depuis quelque temps, on fit même appel à l’armée pour contenir les oppositions flottantes. Y eût-il un effet ? Le fleuve devait charrier ceux qui devinrent trop hardis. Cela évitait les charniers et ce qu’il eût fallu en supposer.
À ce point que les gens abandonnèrent les berges. Ils laissèrent les eaux livrer en secret certains outrages à la mer, certaines objections vers les oubliettes. Épouvantés par l’absurde évidence la peur les faisait rire. Ils chevrotaient à tue-tête, troupeaux hagards raillant et s’agitant, colporteurs de la panique qui les tenaillait. Toute sagesse avait depuis bien longtemps disparue, elle aussi, dans les remous extra-judiciaires loin des quais.

Nul besoin d’ajouter que les circonstances rendaient propice les imbroglios de toute nature dont l’issue accouchait de coliques politiques. Le préfet conseillait aux citoyens de se parler au travers des portes qu’il fallait tenir fermées tandis que le chef de l’état murmurait quelque incantation, prévenant par d’infernales paroles sa disgrâce et sa tête sur l’échafaud.
Ce n’était pas le premier à penser diriger des ânes. Avant lui, régnèrent des rois et des républiques. Alors… « Oui des ânes ou des truffes… Haha ! Ou bien caquetant comme des poulets ! » Cependant, au fil des jours, leurs becs passaient pour de plus en plus durs.

La menace invisible finirait-elle par avoir raison de sa police ? Serait-ce une conspiration… qui viserait à contrecarrer sa clairvoyance, « Elle » illuminant la ville et même au-delà, le monde ! « À Lui » ! L’homme prodige, l’homme-lumière élevé au-dessus des ignorants. Ne se croyait-il pas sincèrement chargé d’éduquer les foules ? À cet égard, il ne s’embarrassait pas de manière, le sourire en coin, avec l’égal entrain du berger menant troupeau à l’abattoir.
Il avait pour « ses bêtes » tant d’affection et celles-ci, en retour, tant de confiance ! Il plaisait tant à la multitude ! Ce ne serait pas quelques « sans rien » payant de leur vie qui terniraient le ciel pur. Au-dessus des nuages ? Pouah ! Quelle horreur ! Un ciel pur ! Conséquemment, abattant au hasard leurs matraques, ses chiens policiers cernaient les conciliabules. D’autres emmuraillaient les gaietés nuptiales. Qu’il s’appelât Louis, Nicolas ou Pierre ou Joseph, et alors ? Un matin il s’éveilla friand de méprises et de machineries. Ce-jour, il esquissa un plan où chacun pour Lui se démènerait, suerait sang et eau, rendant ainsi hommage à son génie.

dernière mise à jour : 04/03/2020 01:46

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