Manifestes Dada – Georges Ribemont-Dessaignes

ces manifestes sont extraits de « Georges Ribemont-Dessaignes – DADA – Manifestes Poèmes Articles Projets (1915-1930) » réunis dans leur ensemble aux Editions Champ Libre (1974). Les fautes et coquilles ont été conservées à l’identique.


AU PUBLIC

Avant de descendre parmi vous afin d’arracher vos dents gâtées, vos oreilles gourmeuses, votre langue pleine de chancres.
Avant de briser vos os pourris —
D’ouvrir votre ventre cholérique, et d’en retirer, à l’usage des engrais pour l’agriculture, votre foie trop gras, votre rate ignoble et vos rognons à diabète —
Avant d’arracher votre vilain sexe incontinent et glaireux —
Avant d’éteindre ainsi votre appétit de beauté, d’extases, de sucre, de philosophie, de poivre et de concombres métapysiques, mathématiques et poétiques — Continuer la lecture de « Manifestes Dada – Georges Ribemont-Dessaignes »

Relevé provisoire de nos griefs contre le despotisme de la vitesse à l’occasion de l’extension des lignes du TGV – Encyclopédie des nuisances

« Tout le système du chemin de fer est destiné à des gens qui sont toujours pressés et donc ne peuvent rien apprécier. Aucune personne qui pourrait l’éviter d’une manière ou d’une autre ne voyagerait de cette façon. Elle prendrait le temps de voyager à son aise par les collines et entre les haies, et non à travers des tunnels et des remblais. Et celui qui malgré tout préférerait cette sorte de voyage, celui-là ne posséderait pas un sens assez développé de la beauté, pour que nous devions lui adresser ensuite la parole à la gare. Dans cette perspective, le chemin de fer est une affaire sans intérêt dont on se débarrasse aussi vite que possible. Il transforme l’homme qui était un voyageur en un paquet vivant. »
John Ruskin

Au XIXe siècle, le territoire a été bouleversé par une première vague d’industrialisation, et en particulier par l’implantation généralisée de lignes de chemin de fer. Ce nouveau moyen de transport fut critiqué par une fraction de la classe dominante restée oisive et qui, par ses goûts et sa sensibilité, était attachée aux anciens plaisirs du voyage, que le train allait abolir. En contrepartie, il permit un réel développement de la liberté de circulation, avec toutes ses heureuses conséquences sur la vie sociale.
Nombre d’arguments sensibles autrefois utilisés contre les premiers trains peuvent l’être aujourd’hui, à bien meilleur escient encore, contre le TGV. D’autant plus que son implantation ne comporte cette fois aucune contrepartie ; au contraire, elle contribue à un nouvel enclavement de régions entières, à a désertification de ce qu’il reste de campagne, à l’appauvrissement de la vie sociale. Et ce n’est pas dans la classe dominante, où tout le monde désormais travaille d’arrache-pied et joue des coudes pour rester dans la course économique, que l’on se risquera à juger tout cela à partir de goûts personnels, sans parler d’avancer quelque vérité historique que ce soit. Il faut donc qu’à l’autre pôle de la société des individus que ne presse aucun intérêt carriériste d’aucune sorte, pas même en tant que « contre-experts » ou opposants officiels, se chargent d’énoncer toutes les bonnes raisons, tant subjectives qu’objectives, de s’opposer à cette nouvelle accélération de la déraison. L’alliance qu’ils ont formée pour publier ce texte aura sans aucun doute d’autres occasions de se manifester et de s’étendre.

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Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer – Encyclopédie des nuisances

« Bien que la prospérité économique soit en un sens incompatible avec la protection de la nature, notre première tâche doit consister à œuvrer durement afin d’harmoniser l’une à l’autre. »

Shigeru Ishimoto (Premier ministre japonais), Le Monde diplomatique, mars 1989

« … comme l’environnement ne donne pas lieu à des échanges marchands, aucun mécanisme ne s’oppose à sa destruction. Pour perpétuer le concept de rationalité économique, il faut donc chercher à donner un prix à l’environnement, c’est-à-dire traduire sa valeur en termes monétaires. »

Hervé Kempf, L’Économie à l’épreuve de l’écologie, 1991

« Quatorze grands groupes industriels viennent de créer Entreprises pour l’environnement, une association destinée à favoriser leurs actions communes dans le domaine de l’environnement, mais aussi à défendre leur point de vue. Le président de l’association est le PDG de Rhône-Poulenc, Jean-René Fourtou. […] Les sociétés fondatrices, dont la plupart opèrent dans des secteurs très polluants, dépensent déjà au total pour l’environnement plus de 10 milliards de francs par an, a rappelé Jean-René Fourtou. Il a d’autre part souligné que l’Association comptait agir comme lobby auprès des autorités tant françaises qu’européennes, notamment pour l’élaboration des normes et de la législation sur l’environnement. »

Libération, 18 mars 1992

Une chose est au moins acquise à notre époque : elle ne pourrira pas en paix. Les résultats de son inconscience se sont accumulés jusqu’à mettre en péril cette sécurité matérielle dont la conquête était sa seule justification. Quant à ce qui concerne la vie proprement dite (mœurs, communication, sensibilité, création), elle n’avait visiblement apporté que décomposition et régression. Continuer la lecture de « Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer – Encyclopédie des nuisances »

Françafrique, l’envers de la dette – François-Xavier Verschave

Une conférence de François-Xavier Verschave faite à la Faculté St Charles de Marseille, le 28 mars 2002 sur l’invitation de l’association SPID sur les relations françafricaines, intitulée «   L’envers de la dette   » .
François-Xavier Verschave, auteur de nombreux ouvrages, dont   : «   L’envers de la dette   » , aux éditions Agone, ou «   La Françafrique, le plus long scandale de la République   » .
François-Xavier Verschave est décédé en 2005 à l’âge de 60 ans.
PAIX A SON ÂME   !

Créateur du concept de la Françafrique

« Le plus long scandale de la République »

L’ancien président de la Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny inventa l’expression France-Afrique en 1955 pour définir les bonnes relations qu’il voulait établir avec la France dans le cadre d’une indépendance évoquée. L’expression dérivée « Françafrique » a ensuite été forgée par François-Xavier Verschave dans son livre La Françafrique, qu’il qualifie de « plus long scandale de la République ». Continuer la lecture de « Françafrique, l’envers de la dette – François-Xavier Verschave »

La Fabrique des Imposteurs – Roland Gori

Roland Gori, né le 22 novembre 1943, est psychanalyste et professeur émérite de psychologie et de psychopathologie clinique à l’université Aix-Marseille.
Membre du conseil d’administration d’Espace analytique, il a occupé en 2015-2016 la chaire de philosophie   : «   Le gouvernement des individus et la psychanalyse   » de l’école des sciences politiques et religieuses de l’université Saint-Louis de Bruxelles.

«   L’imposteur est aujourd’hui dans nos sociétés comme un poisson dans l’eau   : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité, préférer l’audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, Continuer la lecture de « La Fabrique des Imposteurs – Roland Gori »

L’État n’est plus rien, soyons tout – Raoul Vaneigem


par Raoul Vaneigem

PRÉLUDE

LE MOUVEMENT ANTIAUTORITAIRE pour une démocratie directe a pris contact avec moi par l’intermédiaire des Éditions du Cherche Midi. Les camarades grecs exprimaient le souhait de me voir participer à des assemblées, réunies pour discuter des options auxquelles nous confronte un capitalisme mondial qui, dans la frénésie du profit, ruine la terre et dénature les êtres humains tout en se détruisant lui-même. Comme à l’accoutumée, j’ai répondu que je ne participais à aucun débat ni manifestation publique mais qu’en l’occurrence j’enverrais un texte dont ils feraient l’usage qui leur plairait. Continuer la lecture de « L’État n’est plus rien, soyons tout – Raoul Vaneigem »

Municipales – Vol au dessus d’un nid de bobos -Jean-Pierre Garnier

Jean-Pierre Garnier, sociologue de l’urbanisme, directeur de recherche émérite au CNRS, auteur de nombreux ouvrages.

Jean-Pierre Garnier est membre des comités de rédaction des revues Espaces et Sociétés, Réfractions et contribue régulièrement au Monde libertaire et à la revue libertaire internationale en ligne Divergences. Il tient une chronique « Le capital dans tous ses espaces » dans le journal mensuel Article 11. Continuer la lecture de « Municipales – Vol au dessus d’un nid de bobos -Jean-Pierre Garnier »